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L'AMOUR "FAMILLIAL"

L'AMOUR "FAMILLIAL"
DIS MERCI! TU NE CONNAIS PAS TA CHANCE D'AVOIR ETE ADOPTEE - Barbara Monestier

(...)Un jour, une psychologue, à bout d'explication, m'a dit : "mais tu devrais être heureuse, tu as tout, une famille, tu manges à ta faim, tu as de l'argent!". "Estime toi heureuse, tu ne connais pas ta chance".
Combien de fois n'avais-je pas entendu cette phrase depuis mon arrivée en France? C'etait quoi ma chance? D'avoir été adoptée? Je ne voyais pas le rapport avec la chance. D'avoir quitté le Chili où j'avais une vie si misérable? Mais pour moi qui n'avait jamais rien connu d'autre et qui n'avais aucun point de comparaison, c'était ça la vie!
Oui, bien sûr, j'avais de la chance puisqu'on m'avait choisie. Mais moi, je n'avais rien choisi du tout! J'étais triste et incapable d'expliquer pourquoi. Personne ne pouvait comprendre.(...)



(...) Parmis tous ces enfants, il y en a un qui pleure beaucoup plus que les autres. On m'explique qu'il est en train de "vivre son abandon". C'est atroce de voir la souffrance d'un bébé qui perd son identité. A travers ce bébé, mais aussi à travers l'expérience des autres enfants, je vis le mienne. Je sais désormais que, pour aller jusqu'au bout d'un chemin, il faut que je rencontre l'autre, celle qui m'a jetée sur la terre.
Avec beaucoup de précautions, Véronica essaie de me décrire ce que peuvent endurer ces femmes contraintes d'abandonner leur enfant. Elle ne leur pardonne pas, mais elle les comprend. La différence est de taille. (...)


(...) Ai-je envie de l'aimer, de la détester? Souvent, dans les films, quand un enfant retrouve un de ses parents, il sent quelquechose de très fort dans son coeur et dans son ventre. Comme s'il comblait enfin le manque affectif qui l'habitait. En vérité, j'ai peur de ressentir la même chose. Je ne veux pas la voir pour ça! Je veux juste être fixée, c'est tout. Pourtant, si cela pouvait remplir ce vide, anéantir cette angoisse lancinante...
Je me sens tiraillée par des sentiments plus contradictoires les uns que les autres.
J'essaie en vain d'écrire dans mon carnet de voyage. C'est fou comme les sentiments mêlés peuvent être paralysants.

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Le choix de ce texte peut paraitre étonnant, et pourtant je le trouve totalement justifié.
Qu'entendons-nous par amour "famillial"?

Parle-t-on de la famille biologique, de la famille qui nous a éduqués, de la famille qui a été absente, de la famille du coeur, de la famille dont on a honte, de la famille qu'on a abandonnée, de la famille à l'étranger, de la bele famille...?
La notion de famille doit être aussi floue que celle d'amour. J'ai la chance d'avoir mes deux parents biologiques, que j'aime, qui m'aiment, qui m'ont éduqués (et malgré tout ce que j'ai pu penser pendant mon adolescence, qui l'ont très bien fait), qui me l'ont dit et qui me l'ont prouvé.
A côté de celà, il y'a dans tous les oncles, tantes, grand-parents, cousins et amis, des différences énormes qui m'ont amené à plusieurs certitudes :

Les liens du sang n'ont pas plus de valeur que des liens affectifs => Un membre de votre famille biologique peut vous violer, peut avoir honte de vous, peut vous voler de l'argent. Vous pouvez vous aussi trahir, abuser, abandonner ou avoir honte d'un ou plusieurs membres de votre famille biologique. Un violeur brise une vie, qu'il soit de la famille ou non ne change rien...un voleur vous fait perdre moyens et confiance, qu'il soit de la famille ou pas...quelqu'un qui vous quitte ne vous aime plus, qu'il soit de la famille ou pas...

L'amour "famillial" véritable est celui que l'on ressent, que l'on donne et que l'on reçoit sans douleur. Ma famille, c'est avant tout la famille de mon coeur. Certaines personnes décoivent, d'autres surprennent. Certaines mentent, d'autres se rachètent. Certaines sont disponibles, d'autres disparaissent. Certaines abusent, d'autres comblent... Il n'y a pas de règles et pas de certitudes qui tiennent.
Ma vraie famille est ainsi composée de gens qu'on appelle "amis" et de gens avec qui je suis lié par les liens du sang. Et vice versa.

Je n'ai aucune expérience personnelle de l'adoption. J'ai eu des années difficiles à régler mes problèmes d'identité, à savoir où j'allais et à qui je pouvais me fier. A un degré variable, c'est le lot de chacun. voilà pourquoi le témoignage d'un enfant adopté vaut pour moi aussi cher que celui d'un enfant du divorce, d'un enfant illégitime, d'un enfant de la DDASS, d'un enfant non désiré, d'un enfant qui a eu ses deux parents biologiques qui l'aiment. Pour tous ceux là qui ont fini par trouver la paix après des années d'angoisse et/ou de doutes, il y a un point commun : Au final, les personnes qui leurs sont chères sont celles qui les ont soutenu, aidé et aimé.
Pour moi rien de plus, la "vraie" famille est là : On ne la choisit pas, on la découvre...

2006
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# Posté le vendredi 10 février 2006 16:00

Modifié le mercredi 01 mars 2006 19:01

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