Ca fait un moment que tout est organisé. Ils font tourner sans cesse le savoir et les entités au sein de leur communauté sans cesser d'imposer, d'arrêter les reflexions dispersées, autrement pensées. Surs de leur identité, puissants de leur passé, passés au rang de privilégiés, aussi sur que la force déplace des montagnes, le savoir s'expatrie des bagnes. Dans l'île aux esclaves modernes, l'île de nos ancêtres révolutionnaires, torturés, les banques de données indispensables à l'homogénéité de notre humano-techno-cité, sont bloqués dans les caves des mégalos assoiffés, pas d'eau, mais de bons gros paquets d'outils, de culture, de richesses, de clefs pour ouvrir les portes très fermées de l'aisance, de la prospérité. Il y a au moins une majorité d'êtres sans bien, de recoins malsains, mais pas de coup de main. Le tissu social déplié comme une toile longuement pensée accroche et retient prisonnier les curieux de vérité, d'identité. Les bas-fonds recèlent au fonds des interdits de plafond. Immobilisés au sol, recevant l'obole de ce que les grands laissent tomber de leurs bagnoles. Ceux qui volent, qui s'élèvent au-dessus de la toile lâchent au vol des miettes de leur bol : la chance d'être lu, de voir ses grandes recherches royalement payées. Plus radins, les vieux malsains, plus mûrs et plus hautains, savent et peuvent intervenir sur le chantier humain des esclaves qui s'enlisent à leur destin, construisant cette toile collante, jeu malsain quand les ouvriers lèvent le pong. Mais en tout bien tout honneur, les faibles se sentent bien dans l'assurance d'un avenir certain, presque tracé à la main, de soi-même, ou d'un autre. Les promesses et la complexité de cette toile nous plaque. avec soin, à croire que la majorité dominée de l'être humain préfère sauter que de tenter, non en vain c'est certain, de voler plus bas, mais de voler pour vivre plus justement, sans l'aide incertaine des malins qui simplifient et schématisent des actionset batissent des civilisations de matière sans lendemain.
11/03/2000