(...) Pareils à la plupart des gens, ils ont perdu le respect de la vraie justice et de la morale sociale. Deux mille ans de truandages, de mise en coupe réglée, de mensonges, d'abus de toutes sortes leur ont fait perdre l'espoir d'une société où la précarisation cesserait d'être une institution nationnale. Toujours semblables à la majorité, ils refusent de sacrifier leur relatif bonheur immédiat à une lutte généreuse pour une transformation globale du système; car ils estiment le résultat de ce combat problématique. (...)
(...) Et c'est d'ailleurs de cette différence entre adultes blazés et jeunes passionnés que nait la majorité de ces trop fameux conflits de générations, présentés comme inéluctables et mis le plus souvent sur le dos d'une jeunesse irrespectueuse, révoltée et dépourvue de ce sens de la mesure qui fait les bonnes sociétés de citoyens soumis et que, bien entendu, les anciens possèdent à revendre. (...)
(...) Je ne crois pas aux pauvres ni aux riches. Je pense que toutes les couches sociales possèdent leur pourcentage d'hommes de volonté, généreux et désintéressés, et que c'est avec eux qu'il faudra compter pour qu'une révolution éventuelle ait quelques chances de déboucher sur une société où les hierarchies économiques et politiques cesseraient d'être fondées sur la force, le profit, et l'interêt, pour devenir enfin le fruit de la libre association de chacun. Car je doute de la valeur d'une espèce de bonheur imposé par le haut, ce haut fut-il un gouvernement élu par le peuple apparement souverain. (...)
